L'Adagio pour linceul

Cet adagio si triste égratigne mon coeur ;
Accablé de chagrin, il souffre de langueur.
En panne d'affection, il ralentit l'allure.
Ton oeuvre, Albinoni, réveille sa blessure...

Au dehors, néanmoins, tout parait idyllique,
Mais aucune importance, il n'a plus de réplique ;
Recouvert d'hématome, il ne veut plus aimer.
Tes trémolos si beaux le font tant larmoyer,

En un sanglot bleuâtre, une goutte écarlate ;
Virant au cramoisi, ce mélange le gâte.
Sans amour, aujourd'hui, l'oubli est son linceul.
Ce thème lancinant l'accule à rester seul.

Au seuil de tes espoirs laisse ton cauchemar ;
Goûte à ce nouveau jour tel un précieux nectar.
Cette offrande des cieux soignant les ecchymoses,
Sans peine, cueille-la comme un bouquet de roses.