Hymne à la puberté


Quand vous me regardez, moi l’élève attentif,
Non à votre leçon de grammaire ou d’Histoire,
Mais à votre rimmel et votre pendentif
Dont se gratifie votre allure ostentatoire

Mon cœur bat la chamade et passe ses aveux
Que vous voyez peut-être au fard qui vous salue,
Ou la légèreté de ce rire nerveux
Que je m’efforce à taire et qui me dévalue

Quand vous m’interrogez dans la liste, ‘’au hasard’’
Comme vous l’avouez sur un ton doucereux,
A réciter les vers d’un sonnet de Ronsard,
Je ressens un vertige, à ce jeu dangereux,

Au bord du précipice ou ma parole glisse,
Me perdant,sans retour, l’espoir de vous charmer
Loin du bruit, en secret, seul à seul, en coulisse,
De mots doux, interdits, faits pour vous désarmer.

Mais vous me punissez, là, debout, sur l’estrade,
Face à tous, à livrer, mettre à nue ma diction,
L’impudique talent, sans la moindre parade,
Car je ne lui impose aucune restriction.

Et vous applaudissez la chaleur de mon verbe
Tandis que le désir de mon rêve indécent
Se noie au parfum bleu, à la fragrance en gerbe
Qu’exhale votre corps au pubère récent

Qui vient de naître en moi.

28 avril 2009