Sur un dessin de Salvador Dali
Dressée, couverte d'arc-en-ciel étranges aux abois,
Flux de beauté boulant hors du puits sobre et froid,
D'un nonchaloir d'amour savant écartelée,
Frileuse d'un haillon de cygne sur la hanche.
Quand migrent les troupeaux de remords désossés,
Je l'imagine nue, colline douce offerte
Au lait de chaux foncier d'un hiver émacié
Dans la lumière d'or d'une porte entr'ouverte.
Luisante comme un lierre noueux après l'averse,
Liée, liante au tronc invisible d'un chêne,
Absorbée à gratter d'une main fugitive
Le sel indispensable aux larmes à verser.
Je l'imagine ainsi racine hors de la terre,
Palpitante à tâter la vie amoncelée,
Emue d'un rien, troublée d'une guêpe embrasée,
D'une ombre de parfum sur sa brune bruyère.
Inanimée, vaincue peut-être par sa course,
Je la perçois drapée d'un mystique tourment
Dans la neige mouvante et rase du présent
Semblant chasser du ciel quelque monstre biblique.


