Spleen automnal

La vie est là simple et tranquille
(Paul Verlaine)

Nous n’étions pas faits pour nous plaire
La nuit le jour sont concurrents
Et nous prenions le mors aux dents
A chaque frisson de la chair
Pour éviter l’affrontement

Nous n’étions pas faits pour nous taire
Le silence est embrasement
Jeunesse et vieillesse souvent
Y consacrent leur ministère
Avec bien des débordements

Mais nous étions faits l’un pour l’autre
En d’autres lieux en d’autres temps
Nous aurions pu bouillants amants
En des amours singulières
Connaître l’étincellement

Comme les mots dans la prière
Mêlent l’espoir et le désir
Nous aurions pu sans nous haïr
Mêler les rumeurs de la mer
Aux fragrances du souvenir

Mais vous étiez belle et très folle
Jeune loup j’étais impudent
Nos caprices d’adolescents
Nous détournèrent de l’école
Où la vie s’apprend simplement

Les mots que l’on aurait pu dire
Pour dénouer l’enchantement
Nous les gardions obstinément
Il n’y eut pas de chant de lyre
Ni de tendres pianotements

Nous n’étions pas faits pour nous plaire
Il n’y a rien à regretter
Les voies de la vie sont sacrées
Chacun porte en lui sa lumière
La mienne m’a trop aveuglée.