Poulbot fin de siècle

Tes dix ans tu les as perdus
En ânonnant des alphabets
Des b a ba bé bi bo bu
Dans des écoles au rabais
Où l'on pratiquait l'martinet
L'méthod' Boscher et l' p'tit Jésus.

Tu t'y débattais sans vouloir
Pour de vieux savoirs superflus
Radeaux aux planches vermoulues
Que tu oubliais dare-dare
Malgré les coups de pieds au cul
Et les moissons de retenues.

Jusqu'à quinze ans t'as transpiré
Sur des leçons sur des devoirs
Dont tu niais l'utilité
Te laissant traiter de bâtard
Par des condisciples ignares
Mais de naisssance autorisée.

Le certif t'as pas pu l'avoir
Because qu'il n'existait plus
On te disait:" tu s'ras chôm' du
Si tu continues de vouloir
Croir' que Verlaine et que Ronsard
Sont meilleurs que le père Ubu.

Mais l'essentiel c'est dans la rue
Que tu l'as glané sur l' trottoir
En jouant à colin-maillard
Avec de belles inconnues
Aux tailles fines et exquises
Comme les Marie des églises;

Ta vie s'est faite malgré toi
Un peu bohème un peu bourgeoise
Coup de chapeau ou coup de corne
Tu franchis souvent les cap Horn
Le bonheur s'y donne à tout vent
Un jour avec et un jour sans
Il suffit d'y mettre le temps.

Tes dix ans tu les as perdus
ça n'avait que peu d'importance
Un soir d'automne sur un quai d' gare
Tu as pris le train de la chance
Tu t'es fondu dans le brouillard
Et l'on ne t'a jamais revu.