Poème du soir
Ou "La tendresse"
La tendresse est au bout du champ
Juste là dans les hautes herbes
Entre l’ivraie et le froment
Jamais on ne la met en gerbe
Elle n’intéresse pas l'amant.
La tendresse c’est ce poème
Ces quelques vers bien désuets
Signés peut-être Tristan Derème
Qu’on retrouve dans un vieux cahier
Témoin charmant de nos bohèmes
Récitation des temps heureux
Fruit printanier qu’on dénoyaute
On se la récite à voix haute
Le mots incertains on les saute
En se regardant dans les yeux
La tendresse c’est cette angoisse
Cette crainte de mal aimer
De ressentir que le temps froisse
La flamme jadis allumée
Par des regards enflammés
La tendresse c’est ce feu de joie
Que l’on allume si l’automne
Souffle avec force sur ses doigts
Quand la cloche de l’hiver donne
De la voix du côté du froid
La tendresse c’est ce poème
Ce feu de paille du matin
Ce terre à terre quotidien
Qui prépare ce que tu aimes
Pour que tu dises : « Je suis bien »
La tendresse est au bout du champ
Dans une touffe de chiendent
Elle ne conjugue plus « j’aime »
Mais elle aime par tous les temps
En se conjuguant au présent.


