Mémoire...

Confession de Verlaine

J’ai vécu au bord de ce rêve
Assis auprès de mon bagage
Mon ange gardien sous l’ombrage
Attendait déjà sa relève.

Je ne me savais pas maudit
J’avais du songe sur les lèvres
J’étais emporté par des fièvres
Au-delà de mon infini.

Le bon, le mauvais, l’interdit,
Le succulent, l’indispensable
Composaient à la même table
S’y nourrissant du même esprit.

Je contemplais des paysages
De chairs, de sèves, de cailloux.
Je touchais presque le visage
De ce l’existence loue.

Tout bruissait. Vivant coquillage,
J’étais le feu, lui, l’amadou
Je fis l’amer apprentissage
De ce que l’amour fou dénoue.

Après ? Qu’importe. Continuer
Ajouter aux ans les années
Se souvenir, pleurer, attendre
Que le feu renaisse des cendres.

Mais c'est déjà une autre foire
Un autre chemin de Damas
Qui ne laissera peu de trace
Sinon pour la petite histoire.