Lilith

Dans le gouffre,Lilith avait ôté ses voiles
Et se baignait dans l'eau trouble d'une nuée
En observant les cieux où songeaient les étoiles
Pour voir si Jéhovah contemplait sa beauté.

Car Lilith avait tout de la grâce des femmes:
De fins cheveux de suie, une peau de tzigane,
Dans les yeux des diamants et les flèches de Diane
Même ce bijou d'or qui aime et qui s'enflamme.

Aussi loin qu'elle lut dans l'ombre et la lumière
En vain, elle sonda l'insondable univers.
Elle fouilla la vie et la mort des matières.
Mais Dieu ailleurs oeuvrait sur de tâches primaires.

Déçue, elle sortit furieuse de son bain
Et cria à l'enfer:" Satan, toi seul es grand,
Je vais à ta cité joindre celle d'Adam,
Ses descendants soumis boiront de ton venin.

Elle fit. Et depuis Caïn, Pompée, César
Qui croient mener le monde au pas de leurs armées
Ne sont que des jouets dont le rouge étendard
Flotte sur un royaume à l'enfer condamné.