Les oncles
A ne plus savoir ce qu’on veut
On finit comme un petit vieux
Ratatiné au fond d’sa chaise
Bien calé dans ses charentaises
A guetter derrière un volet
De l’existence les reflets
-C’est fou ce que l’on devient vieux
A se mettre entre parenthèses
A ne plus savoir ce qu’on veut
Me proclamait mon oncle Blaise
Les soirs où il buvait un peu.
A ne plus savoir ce qu’on aime
On mang’à tous les râteliers
Mais l’on n’est jamais satisfait
On se croit toujours en carême
On déteste tous les systèmes
-C’est fou ce qu’on a de dilemmes
A ne plus savoir ce qu’on aime
L’œuf de Colomb pose problème
Qu’on ne sait pas comment gober
Me confiait le cher oncle Anselme
Les soirs qu’il fréquentait Noé.
A ne plus savoir qui l’on aime
On reste seul sur l’oreiller
Comme un refoulé du système
Avec sa gueul’ de pied nick’lé
A déconstruire les harems
Et l’on astique ses diadèmes
Au cas d’princesse à couronner
-C’est fou ce qu’on devient sérieux
A ne plus savoir qui l’on aime
Me contait mon oncle Mathieu
Les soirs qu’il voyait qu’ j’étais deux.
A ne plus savoir qui l’on est
On s’occup’ trop à se chercher
L’on passe à côté de la vie
Des bell’amours des p’tits soucis
Qui sont le sel de l’existence
-A ne plus savoir qui l’on est
L’on arrose ses chrysanthèmes
Sans voir que le temps implacable
Ne dit pas deux fois : « passe à table »
C’est cela que j’enseignerai
Les soirs que je m'enivrerai.


