Le voyageur
Heureux qui comme Ulysse...( Joachim du Bellay)
Moi, je n'ai voyagé que sur ton corps ô femme
C'est un fameux voyage dont on revient comblé ;
Bien sûr Il y a eu des éclairs et des flammes
Mais quel feu d'artifice pour qui sait l'allumer.
Si celui qui revient d'un surprenant voyage
Raconte qu'il a vu des lieux hallucinés
Où le ciel mêle à l'or sur le feu des rivages
Les navires des morts qui n'ont pas su sombrer.
Et s'il raconte aussi les lointaines cités
Qui entre froid et feu pudiquement partagent
Un horizon sans fin de tombes alignées
Pour rappeler du temps le sinistre visage.
Alors vaut-il pas mieux limiter son voyage
A ces pays secrets qu'Eve sait nous montrer,
Où nous faisons souvent humainement naufrage
Immensément heureux de pouvoir chavirer.
Moi, je n'ai voyagé que sur ton corps ô femme
C'est un fameux voyage dont je reviens charmé ;
Et je continuerai ce doux cabotinage
Jusqu'au souffle dernier contre vents et marées.


