La mort du faune.
Le faune est mort, sans apparat
Dans cette grotte sans éclat
Que naguère Pan fréquentait
Et Bacchus qui très haut pissait
Plus dru plus clair qu’un torrent
Sur les feux vifs de la saint Jean.
La nuit dehors éteint ses feux
Séléné au doux front sérieux
S’est enveloppée d’un linceul
La forêt déjà se sent seule
Un poignard planté dans le cœur.
Furtivement les sources pleurent
Les sources où dans ses vingt ans
Quand sa corne encore était lisse
Il venait baigner ô délices
Son sabot fier dans le flot blanc
Qui savait du monde les chants
Et de Diane l'amour complice.
Le faune est passé, La forêt
De sang et de nuit s’est parée
La flûte de pan est brisée
Que de son couteau avait sculptée.
L’hiver a mis sur le marais
Les voiles gris de la gelée.
Le vieux faune repose en paix
Dans son logis sans apparat
Sylvains dryades et nains
Le veilleront jusqu’au matin
Jusqu’à ce que sa dépouille
Se dissolve au soleil levant.


