La manche
Elle jouait de la cithare.
Lui, il jouait du violon.
Tous les soirs, ils faisaient les gares
Pour quelques sous pour quelques ronds.
Certes ils étaient d'une autre époque,
Certains disaient qu' c'était bidon
Cette façon d' jouer du rock
Sur de instruments aussi (b)ons.
Eux laissaient dire, eux laissaient faire,
Ils avaient en d'autres saisons
Donné ailleurs d'autres concerts,
Accordé d'autres violons.
Aucune musique n'est sotte,
Aucun artiste n'est bidon,
Les années mettent dans leur hotte
Ce qu'elles glanent à la saison.
Leurs copains avaient des moutards.
Ils soignaient au bistrot du coin
Dignes et ronds dans leur costard
Leur cirrhose et leur embonpoint.
Eux continuaient, il faut bien vivre.
Le présent ça leur suffisait.
Ils n'avaient qu'une route à suivre,
Celle de la fatalité.
Dans les tambours et dans les cuivres
Qu'orchestre mal la destinée,
Ils aimaient se regarder vivre
Comme deux fleurs un peu fanées
Ils persistaient car ils s'aimaient
Comme l'on s'aime sur le tard
Et c'était entre eux des baisers
Ces accords sur un quai de gare.
C'était de l'amour tout cet art,
Toutes ces notes enlacées
Qu'ils jetaient comme des dragées
Aux voyageurs et aux pochards
Aucun à l'autre ne l'a dit
Mais tous les deux ils y songeaient
A quitter un jour ce Paris
Pour une île aux plages dorées
Où sur le sable doux du soir
Face au soleil se couchant
Elle jouerait sur sa cithare
En robe blanche évidemment
Le premier air de l'ancien temps
Celui qui promettait la gloire
Et qui fit d'eux ces amants
Ces musiciens des quais de gare
Après, tendrement embrassés
Ils iraient saluer Mozart
Par là-haut dans ce quelque part
Où vont finir tous les paumés.
Elle jouait de la cithare.
Lui, il jouait du violon.
Tous les soirs, ils faisaient les gares
Pour quelques sous pour quelques ronds.


