J'emporterai...

J'emporterai au pays froid
Un peu de terre de chez moi
Un coquelicot un long lis
Un coin de ciel bleu du midi
Terre pareille au paradis
Un caillou brun de la montagne
Et tous tes châteaux en Espagne
Que je n'ai pas su satisfaire
A mon grand regret ma très chère.

J'emporterai le bruit de l'eau
La chanson vive du ruisseau
Le chant du marteau sur l'enclume
Le frémissement de l'écume
Me couvrira de son manteau
J'emporterai surtout ta voix
Multiple et légère à la fois
Qui me demandait de t'aimer
Et que je croquais d'un baiser.

J'emporterai de ce foyer
Devant lequel allongés
Nous restions les yeux dans les yeux
Des étincelles de clarté
Pour lesquelles dieu s'est damné
J'emporterai trésor précieux
Cette flamme qui caressait
Pudiquement de son reflet
Ton visage mystérieux.

J'emporterai le mouvement
De l'horloge mangeant le temps
Qui si souvent me rapprocha
Amoureusement de tes bras
Armure si douce au combat
J'emporterai la forme sombre
De ton pas courant sur la plage
L'ouragan de tes cheveux sages
Et de ton corps émouvant l'ombre.

J'emporterai de ton jardin
Le parfum subtil de tes roses
Qui dans les aurores moroses
Métamorphosaient l'air urbain
Et nouaient de senteurs les choses
Et moi qui n'aime pas les chats
J'en emporterai la souplesse
Je t'aime tant Si j'ai le choix
Oui J'emporterai tout de toi.