Fable naïve - Le nuage

I
La journée est belle, la Terre
Est un joyau resplendissant
Floréal Sourit au printemps
Pan brasse l'or des primevères.
Autour c'est mai avec ses roses,
Vénus qui rit à pleines dents;
C'est la source qui dit des choses
Le muguet tintinnabulant.
Les nymphettes et les déesses
Dans les sous bois et les prairies
Sanctifient de l'amour l'esprit,
Apprécient du vent la caresse.
Le bourdon repart au combat.
Même l'homme aveugle et stupide
Néglige sa première ride,
Délaisse son dernier débat.
Tout oeuvre dans la république
A la grande résurrection
En vertu du principe unique
Que l'on est plus fort dans l'union.

II
Un nuage sur l'horizon
Pointe son nez avec délices
Il vient saluer les caprices
De Marianne et de Cupidon.
Il n'a pas l'habit conquérant
Il a volonté de bien faire
Même d'aider à sa manière
La renaissance s'annonçant.
Il se lève, il monte, il s'étale,
Il veut tout voir, tout embrasser
La fraîcheur des jeunes pétales,
La timide vigueur des blés.
Mais les Dieux l'ont créé ainsi
Qu'ouvrant les bras pour tout étreindre
Sa cape d'ombre vient éteindre
Du soleil les feux généreux.
Plus de lumière, plus de chants !
Adieu, égéries et déesses…
Tous redoutant l'hostile averse
S'éloignent en le maudissant.
Alors dépité il s'esquive
Disant :" c'est chaque fois pareil
Je montre le bout de l'oreille
Et tout s'en va à la dérive.

III
Tout était grandiose la Terre
Etait un éden renaissant
J'avais volonté de bien faire
En mêlant à son chant mon chant."
Il en est beaucoup sur la terre
Qui comme lui sont incompris
Mais dont les fruits sont nécessaires
A l'univers communautaire
Comme des nuages la pluie.