Côte d'Opale, un soir...
Je connais des pays de fumures légères
Où les fleurs et les fruits croissent sous des lumières
Plus franches que les feux de notre bord marin,
A l'heure où la marée funeste prend la terre,
Chaque vague roulant sa houle d'éphémères
Avec des nonchalances pesantes d'estuaires.
Je connais des pays qu'on prend à l'abordage
Comme ça, un beau soir d'avril quand, volage,
Dans un ciel d'excréments orageux, une lune
Aux traits figés, miellée et basse sur la dune,
Agace des carcasses au tragique destin,
Sous l'œil inexpressif de dangereux requins.
Je connais des orées où le mistral s'abreuve
Uniquement du flot ludique d'un grand fleuve
Pour éteindre le feu dantesque de sa voix.
Je connais des pays où le mistral est roi,
Et sans partage règne sur des rives sereines
Que la vigne dispute aux thyms et romarins.
Je connais des pays que tout métamorphose
Où l'herbe dans la nuit a des senteurs de prose
Plus encrées, plus nacrées que celle de ces roses
Qu'on cultive à l'abri des murettes en grès
Dans des jardins plus clos que jardins de curés
Où l'eau talentueuse sourd de fontaines closes.
Je connais des pays où j'aurais aimé vivre
Si je m'étais lassé mouettes de vous suivre
Dans ce ciel tourmenté aux parures cuivrées,
Pareil aux ciels défunts des antiques Elysées.
Je connais des pays plus vrais que ceux des livres
Hantés par des princesses aux cheveux dénoués.
Je connais des pays certes moins nostalgiques,
Où des filles plus belles que des reines bibliques
Chantent des chants d'amours à de bruns chevaliers.
Je connais des pays aux nocturnes magiques
Que les insectes troublent de scies mélancoliques
Ephémères concerts à la beauté dédiés.
Vieux chêne ayant goûté tous les sels de la glèbe,
Je connais des pays aux aurores tragiques,
Mais c'est dans ce pays de plages romantiques
Quand le vent coutumier des plaines infinies
De son souffle rebelle courbe les épis d'or
Que je souhaite mourir par un soir gris d'été.
Car je ne puis ô vents lyriques de ces terres
Qu'en d'autres lieux célèbrent des chœurs de sirènes,
Me défaire de vos charmes quand le soleil couchant
Phénix ensanglanté très lentement descend
Vers reflux fatal qui prolonge la plaine
Vieux gréement épuisé que lèche la marée.
Temples de l'air, de l'eau, du sable, de la mer
Et des cieux encombrés des larmes de l'Histoire,
Je connais des pays qui peuvent ne pas plaire,
Mais qu'on quitte à regret quand on les a connus.


