Clin d’œil à une jeune poétesse
La nuit tiède s'altère autour de la maison
La grive musicienne l'annonce par un chant
De printemps. Où s’est-t-elle perchée? Au levant,
Un vent tiède s'éveille, soufflant sur les tisons
D'une aube qu'on devine naître dans les buissons
Où des meutes de loups se terrent prudemment.
Elles resteront là tout le jour à dormir
Immobiles, pareilles à des statues de cire.
Une pâleur de plomb farine l'horizon.
Les rois de l'ombre ainsi que des mauvais garçons
Se dispersent soudain, s'enfuient ou se transforment.
Telle roche, tel arbre, telle ruine que Rome
Avait dans sa splendeur à ses héros dédiée
Etait dans la nuit blême aux minuits déchantés,
L'un de ces faux génies, l'un de ces vrais larrons,
Que l'enfer délègue pour ses louches actions
Lorsque le jour lassé d'odeur et de poussière
Calmement s'enveloppe de son obscur suaire
Et que le crépuscule fatal s'emprisonne
Dans le grave apparat d'une cloche qui sonne.
Dès que le jour s'en vient sur son char triomphant,
Semblant promettre à tous des émerveillements,
Quand le soleil inonde de ses arcs ambrés
Ta chambre embarrassée de livres écornés
Pose à tes pieds ta lyre, poétesse aux yeux clairs.
L'usine affreuse attend. Va y suer ton pain,
Y ruiner ta jeunesse en ses plus beaux matins.
C'est ainsi! Il te faut en prendre l'habitude.
Peut-être pour rimer faut-il des servitudes?
L'usine affreuse attend. Vas y gagner ton pain...
Où peut-être songeuse, semblant à ta manière,
Penchée sur ton labeur, absorbée tout entière,
Y composer des vers optimistes et légers
Où réfléchir sur l'art délicat du sonnet.
Serge marlot


