Ballade d'un mélancolique automne/Spleen d'automne
Il pleut depuis trop de semaines
Le jour est blême sur les toits
Le vent vilain croquemitaine
Sur le mail donne de la voix
Las l'hirondelle n'est plus là
Pour éclaircir ce ciel d'effroi
Où des forces cyclopéennes
Hissent Lucifer au pavois
L'ennui aux pendules dégraine
Oh que la vie est quotidienne
Le cœur n'est pas à la rengaine.
Quand il pleut depuis des semaines
L'automne a mis fin aux romances
Rangés guitares et hautbois
Même les amours lycéennes
-Age tendre et tête de bois-
Perdues dans la pluie diluvienne
N'auront pas leur guerre de Troie
Cupidon a pris des vacances
Neptune a hélé ses sirènes
Eros mis au clou son carquois
Oh que la vie est quotidienne
Le cœur n'est pas à la rengaine
Quand il pleut depuis des semaines
Voici le temps des cyclamens
Sur le gibet des arbres nus
Je crois voir danser des pendus
Et dans les brouillard du matin
En tâtonnant par les chemins
C'est tout l'enfer qui se déchaîne
Mozart nous joue son requiem
On va porter des chrysanthèmes
Aux chers disparus d'autrefois
Oh que la vie est quotidienne
Le cœur n'est pas à la rengaine
Quand il pleut depuis des semaines
Chaque jour les valets du froid
En mon âme évide leur gîte
Demain car je n'ai plus le choix
J'écrirai mon ode aux parias
Puis je fuirai chez Aphrodite
Pour ne plus subir ce ciel là
Cet oratorio sur la plaine
Ce dur martèlement d'un glas
C'est Chopin qui se joue Verlaine
Oh que la vie est quotidienne
Le cœur n'est pas à la rengaine
Quand il pleut depuis des semaines
Et qu'on est seul dans ces cas-là
Chacun dans son petit chez soi
Oh que la vie est quotidienne
Quand il pleut depuis des semaines


