Ballade d'automne

Est-ce à vous ou à moi que je parle,
Que je confie mes eaux de source,
Mes imageries de grande ourse,
Mes antiques en leurs sarcophages
Imités des Alyscamps d'Arles?
Non! non! je n'en ai plus l'âge
Ni la force ni le désir
Lorsque s'éloigne l'oiseau lyre
A grands coups d'aile vers le large

Convaincre est une lourde tâche.

Est-ce pour vous, pour vos silences
Que s'étalent mes extravagances,
Mes outrances, mes fulgurances,
Quelquefois mes désespérances…
Quémandant, attendant peut-être
Le pouce levé des César
Dans les cirques de bas étages
Lorsque coule presque la barge?
Non!Non Je n'en ai plus l'âge!

Convaincre est une lourde tâche.

J'avance glacé dans l'automne
Sur le char de ma destinée.
Je ne milite plus, je me donne.
Je me sème dans mes poèmes
Comme le laboureur au champ
Sème la graine du pain blanc.
J'écris des notes dans mes marges.
Je peins des horizons litharges
De cela j'en ai encor l'âge.

Convaincre est une vaine charge.

Je parle au vent et aux oiseaux.
Aux vagues mortes des cours d'eau.
Je disperse à poignées mes mots
Comme le fit le père Hugo,
Comme le fait l'arbre d'automne
Qui secoue sa rouge crinière
Quand la nature s'abandonne
Dans le lit ouvert de frimaire
J'écris désormais dans mes marges