Autre mort du faune

La feuillée, du sang d’un vampire,
A teint son habit de printemps
Comme un narcisse en cheveux blancs
Le déclin dans l’étang s’admire.
Le dieu Pan a posé sa lyre
Le labeur cesse dans les champs
Un sylvain amoureux expire
Quelque part sous un bouleau blanc

N’ayant plus grand-chose à nous dire
Le jour décroît tranquillement
Et les amoureux frissonnants
Dans les bras de l’autre soupirent
D’un buisson d’épines et de sang
Sortent des foules de satyres
Sur son paillasson un fakir
Apporte du rêve aux enfants

Finis les bains bleus dans les flaques
Finies les folles chevauchées
Dans les futaies désoleillées
Grimacent les dures tarasques
La nuit en chaud bonnet de laine
Libère hiboux et chats-huants
Les chouettes au vol pesant
Eteignent les feux de la plaine

Vulcain active ses usines
Lucifer ranime ses feux
La mort sur son charroi hideux
Par les sentiers déjà chemine
C’est presque le temps des orgies
En ricanant les farfadets
Marquent la nuit de feux follets
Qui danseront jusqu’aux minuits

Mais un signal a retenti
Immense et souverain appel
Où l’amour au crime se mêle
Le grotesque à la poésie
Dans son antre que l’avenir
Abandonne déjà aux ans
Sachant qu’il a fini son temps
Le faune s’est laissé mourir

Au son de l’abracadabra
Arrêtant leur œuvre fatale
Pour une prière infernale
Tous les spectres de l’au-delà
Dans les ruines de ce monastère
Où l’ombre associe à la foi
De la religion, le mystère
Du crime impuni, l’effroi

Jusqu’aux aurores resteront
Et la grande forêt pétrifiée
Dans la brume sera gardée
Par les armées de griffons.