Vision du sud
Je restais étendu sur le sable doré,
J'admirais les reflets dans le ciel coloré.
L'horizon flamboyait et mêlait ses couleurs –
Or, pourpre, violet – curieuses lueurs.
J'entendais les bateaux au loin s'entrechoquer.
Quatre mouettes criaient et semblaient se moquer
Des passants innocents qui marchaient en parlant.
Le bourdon de leurs voix s'élevait doucement
Du chemin de pavés où ils se promenaient,
Couvert de sable chaud que les vents ramenaient.
Je humais les senteurs émanant de la plage,
Fragrances de la mer, odeurs de coquillage.
Sur le bord du chemin, une pauvre marchande
Voulait revendre en vain quelques brins de lavande.
Ces parfums occitans me paraissaient magiques.
Je m'endormais, faisais des rêves magnifiques.
Je soulevais parfois ma paupière glacée,
L'azur profond comblait ma vision brouillée.
Puis je me réveillais, le sable me piquait,
Et quand je le chassais, le vent chaud rappliquait.
Enfin la nuit tomba, mille étoiles naquirent.
Je vis un phare au loin, ses feux se réfléchirent
Dans l'encre de la mer ondulant sous la brise.
On pouvait deviner un dessin, une frise.
Je m'assis sur un banc jaune, bancal et vieux,
L'espace d'un instant où je clignai des yeux,
Sur cette mer miroir, se mira ton visage.
Je restai concentré pour garder cette image.
Toute la nuit, sur mon banc froid, les yeux au ciel,
Je revécus l'instant unique et irréel.


