Sur un port
La lune fumait sur les eaux laiteuses.
Ses lueurs moiraient les grands palmiers tristes.
Le port s'animait de vapeurs chanteuses,
Qui peignaient le ciel en folles artistes.
Les mâts des voiliers, timides et maigres,
Doucement valsaient sous la nue crémeuse ;
Dans l'air tournoyaient des effluves aigres,
Qui montaient choyer l'ampoule fumeuse.
Sur la jetée calme, un flot d'étincelles
Tremblait et vibrait langoureusement.
Mais entre leurs sœurs, on distinguait celles
Qui resplendissaient amoureusement.
Le ciel se pourpra de larmes sanguines,
D'un orient blanc, d'un éclat nacré.
Un éclat semblable au jaspe sacré
Qui flottait là-haut, sur les mers divines.
Le port s'éteignit, la lune mourut,
La nuit avala tout ce qui vivait,
Tout ce qui pensait, tout ce qui rêvait.
Dans le grand néant, le noir, tout se tut.


