Agonie vespérale

À l'heure où rougit le ciel,
Quand l'horizon, sang et miel,
Mêle une rougeur de fraise
À une rousseur de braise,
Quand les brumes incarnates,
Les bruines écarlates
Mouillent les champs flavescents
De colzas opalescents,
Sur l'arbre vieux comme un temple,
Je m'assois et je contemple.

Les ombres qui coulent saignent
Sur les collines où règnent
Les ténèbres à l'orée
De ma forêt adorée.
Cet endroit existe-t-il ?
Ce frisson doux et subtil
Est-il dû à la fraîcheur
Du soir qui tue la candeur ?
Ou juste à la vision
D'une tendre illusion ?

Fantômes sanguinolents,
Turbulents et insolents,
Qui dansez à l'heure rouge,
Votre spectre danse et bouge.
De vos yeux aux larges cernes,
Vous répandez des feux ternes.
Le sang craché par la nuit
Ruisselle, dégoutte et fuit,
En noyant les blés mûris
Comme il noie mes rêveries.