Le passeur d'absolu
Ecrasé par la charge, le passeur avançait.
Je le voyais au loin, tel un signe courbé,
Jetant d’une foulée amère, un pied blessé
Que la roche brillante s’amusait à tenter.
Je le sentais hagard, épuisé par l’effort,
Donnant des coups de reins pour conjurer le sort,
Lançant loin son bâton qui le tirait encor,
Cherchant haut dans le ciel un peu de réconfort
Je scrutais, à comprendre, sa détermination,
Ne voyant rien au bout que la désolation.
Et l’homme poursuivait sans douter de raison,
Visant une falaise qui l’attirait, au fond !
Quand j’eus pris les jumelles qui pendaient à mon cou,
Je vis bien qu’au delà des rochers, tout au bout
S’étendait un royaume verdoyant, de miel doux
Et que les randonneurs obstinés, c’étaient nous !


