Qu'on l'incinère
QU’ON L’INCINERE
Je ne sais rien du monde
Que des approximations
Chasseur d’ombres
Et d’illusions
Il m’arrive parfois
D’appeler au secours
Mais personne jamais
En ces murs ne répond
Il faut que mon corps
Reste cantonné
Dans le périmètre sacré
Du jardin délimité
Par la grange
L’ancienne remise
La tour
Et le ruisseau sans nom
Qui me ressemble un peu
Et coule toujours
Avec obstination
Au bord de la route
La maison blanche
Sans doute inhabitée
Dont le balcon
Doucement penche
N’en finit pas
De m’intriguer
L’été dernier
La foudre est tombée
Sur le chêne immense
Qui fut grièvement blessé
Qu’on enlève ses restes
Et puis qu’on l’incinère
Ai-je suggéré
C’est ce que l’on fait
Avec nos congénères
On m’a regardé
Dans un profond silence
Apparemment gêné


