Place à la grosse Marcelle
On ne te verra plus
Depuis qu'un inconnu
Abrégea ton histoire
Comme il a beaucoup plu
Les traces de ton sang
Elles-mêmes ont disparu
Une envolée d'orgues chrétiennes
Emplit à ta mémoire
Les voûtes surplâtrées
De l'église sulpicienne
Où tu ne mis jamais les pieds
Je t'imagine en ton cercueil
Court-vêtue comme de coutume
Le visage fardé pour estomper les brumes
De ton passé
L'office est court
Le prêtre semble pressé
Un enfant court
Dans la travée
Les cloches sonnent le glas
Bientôt tu reposeras
Sous un gros tas de terre
D'où tu n'entendras plus
Le moindre chant d'oiseau
Tu ressembleras un peu à ces pierres
Inertes sur le fond du ruisseau
Ta chambre est déjà convoitée
Par la grosse Marcelle
Ta mémoire s'y dissoudra
Dans des étreintes nouvelles


