Paul van Ostaijen
J’ai passé mon enfance ici
Mais je ne reconnais rien
Alors que ferons-nous
Eh bien
Nous allons compter
Les étoiles de mer
Et les coquillages
En longeant la plage
De sable fin
Nous allons dénombrer
Les brise-lames bleu-noir
Les nuages
Les parasols ouverts
Les parasols fermés
Les cargos lointains
Les voiliers blancs
Les seins dénudés
Les coups du sort
Tombés du ciel
Eclatés
A proximité
De l’ancien casino
Nous allons récolter
Des souvenirs perdus
Dont personne ne veut plus
J’ai passé mon enfance ici
Mais je ne reconnais rien
Sinon le bruit des vagues
Le reflux de l’écume
Et quelques détails
Aperçus dans la brume
Qui flotte sur les polders
A la minque je crois
Reconnaître des voix
Qui trouent le silence
Quelques enfants
Se disputent en flamand
Ik heb gewonnen
Dit l’un d’eux
Le petit rouquin
Joint les mains
Regarde la pointe se ses souliers
Puis il invite
Les autres à prier
Laat ons bidden dit-il
C’est un futur curé
A moins qu’un jour
Il ne change d’avis
Plus aucune foi peut-être
Mais de la poésie
Je l’imagine bien


