La ville est froide comme un linceul
En hommage à Pierrette Kirchner-Zufferey
La ville est froide comme un linceul
La ville est vide
Je reste seul
Et je marche dans l'unique
Direction indiquée
Sur le poteau planté
A la croisée des chemins
Il n'est qu'un lieu qui se trouve mentionné
En toutes lettres
On y lit
Destin
C'est là que je vais
De temps en temps
Je me retourne
Affaire d'observer
Les maisons qui rapetissent
A mesure que je m'éloigne
Et je traverse des bois
Des campagnes
Des talus
Des fossés inondés
Irrésistible envie de crever
Sans que quelqu'un n'intervienne
Il n'est du reste ici qu'une seule âme en vadrouille
La mienne
A quoi bon dire le vide
La lande est riche de senteurs
Et mon âme déborde de malheurs
A quoi bon laisser des mots
Que personne ne lira
Pas même moi qui supplie
Le ciel de mettre un terme
A mon errance
Voilà des jours et des semaines
Que je ne croise
Qu'un chien
Une pie sur une fontaine
Une fillettes assise
En équilibre instable
Sur la margelle d'un puits
Un manège forain
Des enfants qui jouent
Dans l'innocence de leur âge
Pas un individu
Pas un seul
Qui ne me tende la main
Ne me salue d'un coup d'oeil
Pas un sourire
Pas l'ombre d'une compassion
Je cherche par discrétion


