Déménager
Le bonheur disait-elle
Réside
Le plus assurément du monde
Dans le déménagement
Elle vit à présent
Loin de la capitale
Dans une maison giflée
Tous les jours de l'année
Par les vents marins
Et les odeurs salines
Deux chiens de pierre blanche
Comme on en voit parfois
Sur des pierres tombales
Occupent la fonction
De gardiens du perron
Si le temps
Lui paraît clément
Même au coeur de l'hiver
Elle se rend sur la plage
Et contemple la mer
Parfois sous son nez
Passe un chien plus vivant
Que les siens
Il appartient sans doute
A ce promeneur inconnu
Qui semble toujours perdu
Dans ses pensées
En ces heures éloignés
Des obligations mondaine
Les fragrances rudes et saines
Du littoral
Lui remplissent le coeur
De souvenirs d'enfance
Et sa solitude
Est devenue immense
Elle pleure souvent
Les disparus dont l'absence
Est ce cadeau empoisonné
Qu'offre en sa cruauté
Chaque jour qui passe
Quand l'ennui
Mortel l'envahit
Elle relit
Une fois encore des pages
De l'histoire du monde
Qu'elle finit
Par savoir par coeur


