Ode à une déesse

Déesse douce et presque absente,
Je t'aperçois dans ce sous-bois.
À travers les feuilles vibrantes
Tu te pavanes et je te vois.

Je vois l'éclat de l'émeraude
Au fond de tes yeux dangereux.
– Déesse acceptes-tu cette ode,
Ce chant d'un poète amoureux ?

Langoureuse, lorsque la brise
Murmure des sons lents et purs
Dont les faibles échos se brisent,
Tu te reposes sous l'azur.

Dans une brume épaisse et lourde,
Au lointain, lasse, tu t'endors.
Aux rumeurs étrangère et sourde,
Tu es heureuse de ton sort.

Envoûté, vers toi je m'approche
Sans déranger ton sommeil long.
À toi, Déesse, je m'accroche
Comme l'archet au violon.

Tous deux je voudrais que l'on chante,
Que l'on danse avant de mourir ;
Mais je ne puis, ô belle plante,
Que t'admirer et puis souffrir !

En ta beauté je suis une ombre,
Comme un insecte sur ta peau ;
Je reste silencieux et sombre
Pour ne pas troubler ton repos.