Les derniers hommes II

Aux temps maudits de la Technique
D'indignes fils de bâtisseurs,
Du présent exigent leur heur,
Et piétinent, aveugles et cyniques ;

Sans vergogne ni satiété,
Ils salivent plus qu'ils ne songent ;
Affamés, ces envieux se rongent
Dans une fange d'impiété.

Devenus de l'Instant les maîtres
Dans un monde exempt de futur,
Maintenant les rois de l'Impur
Règnent partout ; il faut l'admettre.

Comment pourraient-ils être bons ?
Les cœurs sans Ciel n'ont point d'étoffe.
Ce monde vain, non qu'il s'étoffe,
Il s'atrophie de moribonds.

La patience est agonisante,
Le souvenir déjà défunt,
Quand les désirs naissent sans fin
D'âmes dont la grâce est absente.

Loin du silence et du remord,
Sous les lumières du spectacle,
Ils trembleront face à l'Obstacle :
Seule la nuit forme à la mort.

Ils fuient la grande solitude
(À quatre mains on souffre moins !)
Car l'amour est fils du besoin,
– Le mépris de la plénitude !

Bientôt, emportés par le temps,
Tous ces adorateurs des foules
Qui sous le poids du vice croulent
Mourront dans l'Oubli persistant.