Les braillards
J'implore parfois le ciel d'endormir mon ouïe
Quand j'entends des démons aux projets insidieux
Jaser comme des commères et, fustigeant les Dieux,
Renvoyer le mystère à ses demeures enfouies.
Dans un monde par des sourds entièrement habité
Les braillards s'écriraient, aigris et dépités :
– Pourquoi toujours hurler si nul homme n'entend
Nos vétilles, nos sornettes et nos pleurs envoûtants ? –
Les veules bêtes, qu'effarouche la moindre solitude,
Souffrent moins le silence que les râles ; et la nuit
Réveille les sanglots de leur profond ennui.
– Je t'aimerai, ô silence, suave plénitude !
Mais l'amant du silence est à jamais trahi
Dans un monde par de vils beuglements envahit.


