Le Silence
Je prie parfois le ciel d'endormir mon ouïe
Quand j'entends des bavards aux propos ennuyeux
Jaser continûment et, fustigeant les Dieux,
Renvoyer le mystère en sa terre enfouie.
Que l'homme fût sourd pour que silence fût roi,
Cela n'eût pas suffit, ceux-là crieraient encore :
« Sur qui va-t-on hurler, – l'oreille est indolore !, –
Notre peur, notre haine et notre désarroi ? »
Ces bêtes apeurées par toute solitude
Fuient le calme des nuits pour les enfers du bruit,
Car le silence gît, tel un ver dans le fruit,
Dans leurs corps et leur crie : « Tout n'est que finitude !
Le silence est pour eux le prélude à la mort.
– Le silence est en moi plus vaste que l'absence :
Il est père du songe, en quoi gît l'espérance,
Qui traverse du Temps l'infini corridor.
Le silence est présence invisible, ineffable.
En lui la mort s'invite et nous extrait du Temps :
Il enfante l'angoisse en ces temps inquiétants.
Parfois il m'insinue que la vie n'est que fable.
Le silence étreint l'homme en l'ouvrant à son sort.
Il est l'ombre du bruit, de la gaité le traître ;
Bien que de la musique, il soit le fond même, l'être.
– De Dieu le silence est l'Équilibre et l'Accord.


